Abbaye avec transparence
Aperçu probable de l’abbaye au XIIe siècle

L’Abbaye de Clausonne : un site chalaisien au coeur du Buëch

Pour se mettre dans l’ambiance: quelques éléments importants de l’esprit général du XIIe siècle…

A cette époque on attend le retour du Messie, on est persuadé de la proximité de « la fin du monde », du jugement dernier. La crainte de l’enfer à perpétuité est présente partout, et une grande ferveur religieuse, aussi bien chez les seigneurs que parmi le peuple, fait espérer la conquête du paradis.

Les hommes du XIIe siècle vivent naturellement et simultanément dans le monde sensible et réel, et dans le monde symbolique et fabuleux suscité par leur foi. Tout le monde « entend des voix », remarque des signes qui sont attribués sans hésitation à la présence de leur Dieu. 250 ans plus tard, Jeanne d’Arc n’a pas eu le monopole de l’entretien oral avec le « Ciel » : cela fait partie de l’ordinaire de l’homme du Moyen-Âge…

Les moines de Clausonne sont des paysans : même si les revenus seigneuriaux leur permettent de vivre sans grande peur du lendemain, ce qui leur attirera nombre de recrues, ils connaissent les peines et le rythme des hommes de la campagne. Ils défrichent encore, coupent le bois nécessaire pour l’entretien des charpentes et du mobilier comme pour se chauffer, sèment, moissonnent, fauchent les pâturages, engrangent le foin, gardent les moutons, cultivent sans doute un peu de lin, jardinent, cueillent des plantes médicinales, ramassent les feuilles tombées des hêtres pour garnir leurs paillasses… Tout cela en silence, pour suivre la règle.

L’abbaye est un solide bâtiment qui peut servir de refuge en cas de besoin. Les nobles hésitent parfois à l’investir, par crainte du châtiment de Dieu. Grâce aux droits seigneuriaux, c’est également un lieu où l’on a toujours de quoi manger, attrait non négligeable pour le recrutement de moines, et surtout des frères convers.

L’abbaye et la communauté religieuse

Ce n’est qu’au début du Moyen-Âge, lorsque le Christianisme submergea l’Occident et que la France « se couvrit d’un blanc manteau d’église », que l’histoire connue de Clausonne démarre, avec la fondation de l’abbaye.

C’est certainement en 1185 qu’elle voit le jour. Elle est construite grâce à la générosité de la famille Augier, seigneurs de la Val d’Oze, incluant toute la région de Furmeyer à la Bâtie-Montsaléon.

L’abbaye de Clausonne est fille de celle de Notre-Dame de Lure, elle-même fille de l’abbaye de Boscodon: elle appartenait à l’Ordre de Chalais.

Clausonne est, avec Boscodon, la seule abbaye chalaisienne à avoir maintenu une existence indépendante plusieurs siècles après la disparition de l’ordre, jusqu’à sa destruction au XVIe siècle lors des guerres de religions.

Première destruction

D’après les archives en 1573, même si elle n’est plus occupée et que l’on ne l’utilise qu’occasionnellement pour y servir la messe, l’abbaye est entretenue et conserve encore tous ses superbes bâtiments.

Le 8 mai 1573, pendant les guerres de religion, le « seigneur… du Saix » se porte au secours des assiègés Serrois avec 1500 hommes. Il est battu à la Bâtie Montsaléon ce qui amènera l’incendie et la destruction de l’abbaye. L’église abbatiale, qui avait conservé des murs, fut abandonnée, emloyée sans doute occasionnellement comme étable, grange ou abri…

Plus de soixante ans après sa dévastation, des travaux de consolidation dans l’abbaye vont être entrepris. Cette restauration va se limiter à la confection d’un toit de chaume.

Seconde destruction

Son répit n’est que de courte durée, lors de l’invasion du Dauphiné, puis de la Provence par le Duc de Savoie en 1162, l’armée saccage et « ruine » à nouveau Clausonne.

En 1712, le choeur sera reconstruit un mètre au dessus du sol primitif de l’abbaye, sur les décombres résultant des destructions. Celui-ci va servir d’église paroissiale. Pendant le XVIIIe siècle, l’abbaye retrouve ainsi une existence, même si elle est bien précaire.

XIXe et XXe siècles

La première moitié du XXe siècle verra le bâtiment totalement dédié à la fonction agricole: la famille Blanc l’occupe jusqu’en 1948. Cette année-là, les « Eaux et Fôrets » achètent la totalité de l’ancienne commune de Clausonne pour la boiser, dispersant ainsi les derniers habitants. La charpente est enlevée, car le toit risque de s’effondrer. Désertée, mise à nue, l’abbaye va peu à peu s’écrouler et devenir un tas de pierres…

Le village et l’ancienne commune de Clausonne

Si la chronologie de l’histoire de l’abbaye est lâche, celle du village est quasi inexistante.

Les seules informations que nous possédons concernent surtout l’histoire du XIXe siècle et du XXesiècle. Avant celà nous savons seulement que le village de Clausonne qui s’est établi à l’adret de la vallée va compter entre une cinquantaine et une centaine d’habitants: elle est de « 14 feux (familles regroupées au sein d’un même foyer) » en 1709, « 13 feux » soit 82 habitants en 1712, 65 habitants en 1727, 82 en 1730, « 10 feux », soit 51 habitants en 1748 et 1751 et « 13 feux » en 1789.

L’école, créée en 1790 a accueilli des élèves jusque dans les années 1920 et des épisodes de résistance pendant la seconde guerre mondiale auraient eu lieu dans le secteur.

La commune de Clausonne a été absorbée par la commune du Saix en 1880. Le village a définitivement été abandonné en 1949.

Les années 90 et la renaissance du site

L’abbaye est sortie des décombres en 1993, l’association des amis de l’abbaye de Clausonne est créée en 1994.

Le ministère de la culture s’empare alors du sujet et le site est inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1995.

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